Mini-intensive agence & web

Une semaine à l’ESJ, épisode 29. Deux jours d’agence de presse, pour commencer. En arrivant le matin, nous écrivons une ou plusieurs dépêches sur l’interview politique d’une radio de notre choix. Pour ma part, je traite l’interview de Laurent Fabius, ministre des Affaires étrangères, qui parle de la Syrie, du Mali, et aussi un peu de politique intérieure. Le but n’est pas de faire une retranscription intégrale, donc, comme toujours, il faut avoir un angle et hiérarchiser.

Et puis nous faisons pas mal de traduction de dépêches, de l’anglais vers le français. Nous faisons même l’une des épreuves du concours d’entrée à l’Agence France Presse (AFP), qui consiste à traduire tout un petit dossier de dépêches en 3h30.

En web, cette foi-ci, pas de reportage. Nous sommes en rédaction constituée, c’est-à-dire que notre groupe de 15 étudiants travaille à la manière du Monde.fr ou de FranceTVinfo.

Mini-intensive web : capture d'écran d'article

Une personne donne toute l’actualité qui tombe, minute par minute, sur un fil en direct, le « live ». Trois personnes rédigent et enrichissent (photos, vidéos, tweets, liens, graphiques…) des articles qui développent l’information donnée en une phrase dans le live. Dix personnes rédigent des articles sur des thèmes plus « froids ». Par exemple, un éclairage sur les faibles impôts payés par Google, une analyse politique ou encore un top 5 des plus gros diamants du monde. Deux secrétaires de rédaction et un chef des informations relisent, corrigent et mettent en ligne les articles.

Mini-intensive presse écrite

Une semaine à l’ESJ, épisode 28. Deuxième mini-intensive, cette fois en presse écrite. Lundi, nous proposons et rédigeons des articles de séries d’été. Vous savez : quand vous refermez un journal autour du 8 août en vous disant « Mais, il ne se passe vraiment rien ! » Et pourtant le journal est rempli, en partie avec des articles sur des thèmes piochés hors de l’actualité : les noms des rues, les métiers insolites, les stations de métro, les monuments, les places, etc.

Cérémonie du 8 mai, la Marseillaise  | PHOTO © FRANÇOIS GEFFRIERMercredi et jeudi, nous sommes en TP sprint : deux journées pour faire deux reportage. Je vais à la cérémonie du 8 mai mercredi, et j’écris le portrait d’un facteur d’orgue (celui que j’avais photographié en février).

Enfin, vendredi, nous reprenons nos articles des jours précédents, articles qui font à peu près 2 500 signes, et nous les réduisons à 1 000, puis à 700 signes. L’idée est de décliner un article d’une page locale de La Voix du Nord vers une page régionale ou pour le site web du journal. Puis nous expérimentons d’autres types d’articles (l’écho, le flâneur) et travaillons sur les marronniers, ces sujets qui reviennent chaque année : le bac, la chaleur, le 14 juillet, le 15 août, la rentrée… L’idée est ici de trouver un maximum d’angles différents pour chaque marronnier.

En résumé, une semaine moins excitante que celle passée en radio, les deux jours fériés et le pont n’aidant pas à avoir des sujets palpitants. Mais c’est l’occasion de se frotter, justement, à cette réalité du métier, que l’on soit en presse écrite, en web, en radio ou en télé. Il y a des jours où il ne se passe rien, et où les lecteurs/auditeurs/téléspectateurs attendent tout de même des contenus, et de qualité, s’il vous plaît.

Dernière minute. Je sais qu’il y a, parmi les lecteurs de ce blog, des étudiants qui se souhaitent faire une école de journalisme. Passez votre permis de conduire, le plus tôt possible. Un weekend de pige en radio vient de me passer sous le nez parce que je n’ai pas encore mon permis. Et à la sortie de l’école, c’est le CDD (déjà si dur à obtenir) qui passe sous le nez des étudiants piétons.

Mini-intensive radio

Une semaine à l’ESJ, épisode 27. Cette fin d’année consiste en une série de quatre mini sessions intensives d’une semaine chacune : radio, presse écrite, agence/web et télé. De lundi à vendredi, donc, nous travaillons comme une vraie équipe de radio de huit personnes. De 9h à 10h, en conférence de rédaction, les sujets du jour sont proposés, discutés et distribués à six étudiants. Ils font un reportage ou un « papier » lu en direct à l’antenne. Ces sujets doivent être prêts pour le journal de 16h, qui dure précisément dix minutes. Il y a donc aussi un présentateur pour ce journal, et enfin, un flash-man, qui présente l’essentiel de l’info en trois minutes, à 11h, midi, 1Festival international de la soupe de Lille-Wazemmes | PHOTO © FRANÇOIS GEFFRIER4h et 15h.

Lundi, je travaille sur les réchauffement des relations entre François Hollande et les chefs d’entreprise. Mardi, je fais les flashs. Mercredi, je fais un reportage sur le festival international de la soupe. Jeudi, je présente le journal. Et vendredi, je vais voir des commerçants et j’interroge par téléphone un avocat à propos de l’interdiction de la revente à perte.

Bien que ce ne soit pas diffusé hors de l’école, les flashs et les journaux sont faits dans les conditions du direct. Ils commencent à l’heure pile (il vaut même mieux être dans le studio deux à trois minutes avant l’heure), et il n’est pas question de recommencer si on bute sur un mot ou si un reportage ne se lance pas comme prévu. Et certains journaux ont même un invité en direct par téléphone : Florian Philippot (l’un des vice-président du Front National), par exemple, mercredi.

Selon les jours, le journal est fait à la façon de RTL, France Inter ou Europe 1. Avec les jingles correspondants, mais aussi et surtout avec le style propre à chacune de ces stations, dans le ton, dans le texte, dans le choix et le traitement des sujets.

Studio radio de l'ESJ | PHOTO © FRANÇOIS GEFFRIER

Le présentateur est de fait le rédacteur en chef de son journal, et reste en contact toute la journée avec ses reporters pour être sûr que tout avance bien, et que les sujets sont conformes à la ligne éditoriale de la station et à ce qui a été défini le matin en conférence de rédaction.

Au final, avoir une heure pour écrire ou actualiser un flash de trois minutes, c’est court. Avoir six heures pour monter un journal, soigner ses transitions, se creuser la tête quand un reporter revient bredouille, passer trente coups de fil pour avoir une interview, c’est dur. Avoir six heures pour chercher des personnes à aller interroger, partir en reportage, faire le montage sonore, écrire le lancement du présentateur, c’est tout juste assez. Mais à 16h pétantes, quand retentit le jingle du journal, c’est magique.

Supplément d’El Watan

Une semaine à l’ESJ, épisodes 24, 25 et 26. Les élèves de l’ESJ concoctent un magazine à la fin de leur première année d’études, nommé Latitudes. D’habitude, il est peu diffusé : en dehors de l’école, seules les rédactions des grands médias français reçoivent un exemplaire du magazine, qui fait un peu de pub pour ces possibles futures recrues. Cette année, ce journal est un supplément au journal algérien El Watan. C’est un quotidien francophone fondé en 1990 et lu par un public de catégories socio-professionnelles supérieures, un peu comme Le Monde ou Le Figaro.

Le 3 mai, ce supplément sortira en Algérie, tiré à 110 000 exemplaires. Et pendant les trois semaines qui viennent de s’écouler, les étudiant étaient en reportage, en écriture, en relecture, en correction, en mise en page et finalement en bouclage.

Ce magazine a pour titre « Ici et là-bas – histoires franco-algériennes ». À travers la culture, la religion, le sport ou encore l’armée, les articles racontent des histoires d’Algériens en France ou de Français d’origine algérienne, en évitant d’avoir trop de sujets sur le passé et sur la guerre d’Algérie. En ce que me concerne, j’ai travaillé sur la langue, avec un reportage sur Radio Orient, une station qui émet en France en arabe et en français.

Radio_OrientDans ses locaux de Clichy, j’ai rencontré et interviewé des journalistes et leurs invités, dont deux d’origine algérienne, Nadia Bey et Sihem Habchi. J’ai fait parler tous ces gens sur leur relation à cette radio, et sur la pertinence d’émettre en arabe en France. Vous pouvez lire mon article ici (version non définitive).

Après le reportage, la mise en page. Une véritable armée mexicaine se met en marche. Rédacteurs en chef éditoriaux, rédacteurs en chef techniques, monteurs, correcteurs, chefs de séquences, chacun son rôle. Je suis icono : avec 4 collègues, je m’occupe des photos et des schémas. Plus précisément, je réceptionne les photos prises par les étudiants lors de leurs reportages, j’en choisi une ou deux par article, et je les mets dans le bon format pour l’impression. Souvent, des étudiants rentrent de reportage sans avoir pris de photo. Dans ce cas, on doit trouver une photo d’illustration. Par exemple, pour un sujet sur les étudiants, une photo représentant un amphi d’université. Et puis, toujours avec mes camarades iconos, nous préparons une carte de France présentant les lieux des reportages du magazine.

Ce supplément est accompagné d’un site, déjà en ligne, pour décliner les reportages dans des formats que le papier ne permet pas : http://icietlabas.com/.

Photo : artisans de musique

Reportage photo réalisé pour l’ESJ. Ils sont luthier, facteur d’orgue, accordeur de piano ou réparateur d’instruments à vent. Tous travaillent de leurs mains au service de la musique.

RÉMI VALEMBOIS ET JEAN-PASCAL MALADRY, FACTEURS DE PIANOS

Atelier d'un facteur de pianos | PHOTO © FRANÇOIS GEFFRIER

1. À Lille-Moulins, derrière une banale façade d’entrepôt se cache un atelier de facteur de pianos. Pianos droit, comme ici, pianos à queue et clavecin sont ouverts, démontés puis restaurés.

Facteur de piano restaurant un instrument | PHOTO © FRANÇOIS GEFFRIER

2. Rémi Valembois a 27 ans. Il travaille depuis ses débuts pour la même entreprise.

Facteur de piano restaurant un instrument | PHOTO © FRANÇOIS GEFFRIER

3. Seul dans le grand atelier, il ajuste l’un après l’autre les 88 marteaux du clavier qu’il restaure.

Facteur de piano restaurant un instrument | PHOTO © FRANÇOIS GEFFRIER

4. « C’est un travail de précision qui se fait au toucher et au tournevis », explique Rémi Valembois.

Facteur de piano restaurant un instrument | PHOTO © FRANÇOIS GEFFRIER

5. « Pas besoin de savoir jouer pour s’occuper d’un piano », dit Rémi Valembois, tout en testant la souplesse de chaque touche.

Piano à queue ouvert | PHOTO © FRANÇOIS GEFFRIER

6. Intérieur d’un piano.

Accordeur de pianos | PHOTO © FRANÇOIS GEFFRIER

7. Jean-Pascal Maladry, 47 ans, est le patron de Rémi Valembois. Lui travaille en boutique, dans le Vieux-Lille, et chez les clients. Il vend, loue et accorde des pianos.

Accordeur de pianos | PHOTO © FRANÇOIS GEFFRIER

8. « J’ai commencé à 16 ans », raconte Jean-Pascal Maladry. « Déjà tout petit, quand l’accordeur venait à la maison, ça me fascinait. » L’accordeur explique que rien ne peut remplacer l’oreille humaine.

ANTOINE PASCAL, FACTEUR D’ORGUE

Orgue | PHOTO © FRANÇOIS GEFFRIER

9. Antoine Pascal, 46 ans, est facteur d’orgue. Son père et son grand-père l’étaient avant lui. Il termine la maintenance d’un imposant orgue à Douai, et s’assure que tous les jeux fonctionnent.

Orgue | PHOTO © FRANÇOIS GEFFRIER

10. La console de l’orgue de la collégiale Saint-Pierre de Douai

Orgue | PHOTO © FRANÇOIS GEFFRIER

11. Le pédalier de l’orgue est comme un cinquième clavier. Il permet aussi d’actionner des jeux avec les pieds, et de faire varier le volume sonore de l’instrument, grâce aux deux pédales en haut à gauche.

Orgue | PHOTO © FRANÇOIS GEFFRIER

12. Les tirants. Chacun permet d’ouvrir ou de fermer un jeu de l’orgue.

Orgue | PHOTO © FRANÇOIS GEFFRIER

13. Avec une pédale spéciale, l’organiste peut ouvrir ou fermer les volets (rouges) de la grande boîte où se trouvent ces jeux, et ainsi faire varier le volume sonore, pour un crescendo, par exemple.

Orgue | PHOTO © FRANÇOIS GEFFRIER

14. Les tuyaux que l’on voit depuis l’intérieur de l’église ne sont qu’une infime partie de l’orgue. Celui-ci en compte au total 4 500, et Antoine Pascal sait les différencier à l’œil comme à l’oreille.

Orgue | PHOTO © FRANÇOIS GEFFRIER

15. Une note reste bloquée. C’est une vergette, une tige de bois assurant la transmission entre le clavier et le tuyau, qu’il faut régler.

Orgue | PHOTO © FRANÇOIS GEFFRIER

16. Travail à la lampe frontale, le corps à l’horizontale.

Orgue | PHOTO © FRANÇOIS GEFFRIER

17. Construit en 1914, l’orgue a été détruit à la fin de la 1ère Guerre mondiale. La famille Pascal en assure la restauration depuis

Orgue | PHOTO © FRANÇOIS GEFFRIER

18. L’orgue de la collégiale Saint-Pierre de Douai est un Mutin-Cavaillé Coll, une marque mythique de la facture d’orgue française.

Orgue | PHOTO © FRANÇOIS GEFFRIER

19. Facteur d’orgue à la console.

Orgue | PHOTO © FRANÇOIS GEFFRIER

20. La collégiale Saint-Pierre de Douai est une église en travaux. Ce soir-là, la seule source de lumière provient de l’intérieur de l’orgue.

Orgue | PHOTO © FRANÇOIS GEFFRIER

21. Le buffet de l’orgue.

DANIEL OGER, LUTHIER

Luthier au travail sur une guitare basse | PHOTO © FRANÇOIS GEFFRIER

22. Daniel Oger avec une guitare basse. « Je répare trois ou quatre instruments en même temps », explique le luthier. « Je fabrique aussi, sur commande, mais c’est plus rare. »

Luthier au travail sur une guitare classique | PHOTO © FRANÇOIS GEFFRIER

23. Sur cette guitare, Daniel Oger fait un refrettage : il change les barres qui jalonnent le manche de l’instrument.

L'atelier d'un luthier | PHOTO © FRANÇOIS GEFFRIER

24. Deux guitares classiques et un ukulélé.

L'atelier d'un luthier | PHOTO © FRANÇOIS GEFFRIER

25. Test et accord d’une guitare basse.

L'atelier d'un luthier | PHOTO © FRANÇOIS GEFFRIER

26. Dans son atelier, le luthier Daniel Oger entretient aussi des guitares électriques, des mandolines, et des instruments plus rares comme une bandura ukrainienne.

L'atelier d'un luthier | PHOTO © FRANÇOIS GEFFRIER

27. Têtes de guitares.

Luthier au travail sur une guitare basse | PHOTO © FRANÇOIS GEFFRIER

28. Travail sur une guitare basse.

Luthier au travail sur une guitare classique | PHOTO © FRANÇOIS GEFFRIER

29. Daniel Oger au travail sur une guitare classique.

L'atelier d'un luthier | PHOTO © FRANÇOIS GEFFRIER

30. « J’ai un peu de tout. Surtout du foutoir ! », plaisante Daniel Ogier à propos de son atelier.

MARC BATTEAU, RÉPARATEUR D’INSTRUMENTS À VENT

Réparateur d'instruments à vent | PHOTO © FRANÇOIS GEFFRIER

31. Marc Batteau, 31 ans, répare des instruments à vent. « On démonte, on nettoie tout, on refait les réglages. »

Réparateur d'instruments à vent | PHOTO © FRANÇOIS GEFFRIER

32. Restauration d’un saxophone. Marc Batteau utilise une barre lumineuse pour repérer les fuites d’air.

Réparateur d'instruments à vent | PHOTO © FRANÇOIS GEFFRIER

33. Nettoyage d’un saxophone avec une anche.

Réparateur d'instruments à vent | PHOTO © FRANÇOIS GEFFRIER

34. La révision d’un saxophone peut nécessiter de retirer toutes ses clés. En plus des tampons, on peut changer les ressorts, et même lustrer le métal pour que l’instrument brille à nouveau.

Réparateur d'instruments à vent | PHOTO © FRANÇOIS GEFFRIER

35. Un saxophone soprano sans ses clés ni son bec.

Réparateur d'instruments à vent | PHOTO © FRANÇOIS GEFFRIER

36. Un saxophone doit être révisé tous les deux ou trois ans. Cela va du changement des tampons, avec une colle que l’on chauffe, au travail du métal quand il a pris un coup. Pour Lionel Pierru, le patron de l’entreprise, « c’est comme un travail de carrossier ».

Réparateur d'instruments à vent | PHOTO © FRANÇOIS GEFFRIER

37. D’autres fois, il faut ressouder certains éléments de métal, par cet outil qui allie gaz et air. « Mais il faut faire attention à la température, prévient Marc Batteau. Si c’est trop chaud, on découpe le métal. »

Réparateur d'instruments à vent | PHOTO © FRANÇOIS GEFFRIER

38. Becs de saxophones soprano, alto, ténor, baryton.

Réparateur d'instruments à vent | PHOTO © FRANÇOIS GEFFRIER

39. « On ne peut pas imaginer de rendre un instrument révisé sans l’avoir joué », assure Marc Batteau. Une à une, il ferme et rouvre chaque clé du saxophone pour jouer toutes les notes.

Radio et télé

Une semaine à l’ESJ, épisode 23. Deux jours de reportages radio pour commencer la semaine. Vous préférez avoir école le samedi matin ou le mercredi ? C’est la question qui se pose avec la réforme des rythmes scolaires à l’école primaire. Reportage dans un établissement du centre de Lille.

Le lendemain, nouveau reportage, cette fois-ci avec un aspect plus « magazine » : le sujet n’est pas lié à l’actualité, il dure plus longtemps (4 à 5 minutes), et les interventions des personnes rencontrées ne sont pas entrecoupées de commentaires du journaliste. Pour ce reportage, je monte dans un bus et discute avec le chauffeur pendant sa tournée. À chaque reportage, il faut faire attention à bien capter les voix, mais aussi prendre des sons d’ambiance qui permettent de plonger l’auditeur dans les lieux.

Mercredi, pour le cours de télé, nous passons devant la caméra, pour un atelier duplex. Censés être envoyés spéciaux successivement à Saint-Lô, Madrid ou Castelnaudary (alors que la caméra est installée dans un couloir de l’école), nous devons parler pendant 50 secondes précises, en fonction du lancement du présentateur. Celui-ci prend parfois un malin plaisir à nous lancer sur un thème qui n’était pas convenu, et il faut alors s’adapter. D’autres fois, ce sont des perturbateurs qui viennent nous embêter en plein duplex, comme on le voit lors des manifs quand des passants veulent faire coucou à la caméra. Pour ma part, j’ai fait ce qu’il ne fallait pas faire : un perturbateur ayant relevé le col de ma chemise, j’ai poursuivi mon blabla, imperturbable, avant de remettre mon col d’une main, toujours en direct, l’autre main sur le micro. Fou rire au débriefing. « Si tu fais ça, tu es dans tous les bêtisiers pendant 20 ans », m’assure l’intervenant, Axel Cariou.

Jeudi, je fais encore ma star dans un studio télé. Nous passons sur des flashs de quatre brèves, et devons absolument terminer par un sourire. « Pas de générique de fin tant que vous ne souriez pas, et un vrai sourire, » dit l’intervenante, Marlène Anconina, dans l’oreillette. Les premiers flashs se font avec nos notes, puis nous utilisons le prompteur. Et j’ai compris pourquoi les présentateurs télé bougent la tête quand ils parlent : c’est pour qu’on ne voie pas le mouvement de leurs yeux qui se baladent sur le prompteur. L’exercice du flash télé demande en tout cas une grande concentration, car il faut démarrer au bon moment, adopter le bon ton, la bonne gestuelle, accentuer les mots sans fausse note, tout en ayant l’air naturel, bien sûr…

Web, agence, droit

Une semaine à l’ESJ, épisode 22. Concilier le journalisme web et le reportage de terrain, c’est possible. En tout cas, c’est le message que veulent nous faire passer les intervenants du début de semaine. Pendant deux jours, nous prenons micros, appareils photo et caméras, et partons faire des petits reportages, en diaporamas sonores comme ci-dessous, ou en vidéo. Et lundi, l’actu bouillante, c’était le froid.

Olivier Auguste, rédacteur en chef au Figaro.fr, vient nous détailler la conversion progressive de son média, du papier vers le web, notamment sur les méthodes de travail. Il explique demander de plus en plus aux 250 journalistes du quotidien papier de contribuer directement au site web. Ils sont généralement très spécialisés dans un domaine (un secteur de l’économie en particulier, un parti politique ou encore un sport, et non l’économie en général, la politique ou les sports), et peuvent apporter leur compétence quand une info qui les concerne tombe dans la journée. Les 50 journalistes spécifiquement affectés au site web sont plutôt généralistes.

Mercredi et jeudi, nous écrivons dépêche sur dépêche : c’est le cours d’agence de presse. Retranscription d’une interview radio, scénario fictif d’un retour en France de Gérard Depardieu, dispositions contre les accidents en période de neige, traduction du récit d’une course de chiens de traîneaux… les sujets sont variés, mais la session est assez fatigante, comme le reconnaîtra l’intervenante elle-même avec malice.

Vendredi, c’est le dernier cours de droit à Sciences Po, et il se termine par un partiel (je n’y étais plus habitué). Ce cours, fait par un sympathique avocat, Bruno Contestin, nous aura donné des clés sur le droit à l’image, le droit d’auteur, la diffamation et le droit de réponse.

Samedi, c’est l’ultime excursion pour mon reportage photo sur les artisans qui fabriquent ou réparent des instruments de musique. Bientôt un article avec les meilleurs clichés.

Réparateur d'instruments à vent | PHOTO © FRANÇOIS GEFFRIER

Interview, faits divers, droit

Une semaine à l’ESJ, épisode 21. Lundi, avec deux camarades, je fais un aller-retour express à Paris, dans un média où j’étais en stage il y a un an, Arrêt sur Images.

Le plateau d'Arrêt sur Images | PHOTO © TIMO VILARS

Le plateau d’Arrêt sur Images | PHOTO © TIMO VILARS

Je n’y vais pas pour des retrouvailles, mais pour interviewer Daniel Schneidermann, le patron de ce site et présentateur de l’émission, qui était autrefois sur France 5. Pour un cours de Sciences Po sur l’économie de la presse, nous devons réaliser une brève vidéo présentant le modèle économique d’un site de presse en ligne. Nous filmons donc le journaliste, puis quelques plans dans la rédaction ainsi que sur le plateau et dans la régie.

Daniel Schneidermann, en février 2012 | PHOTO © FRANÇOIS GEFFRIER

Mardi et mercredi sont deux jours passionnants sur les faits divers. Tout d’abord, un médecin légiste vient nous parler de son métier. Il tient à casser quelques clichés : « On ne fait pas ça comme dans les séries américaines, stéthoscope en bandoulière, en faisant un trou dans le corps sur le trottoir ». Il raconte dans les détails ce qui fait son quotidien, les autopsies, les analyses, les enquêtes et les procédures de la médecine légale, expliquant notamment ce qu’il peut et ce qu’il ne peut pas dire à un journaliste. Et comment fait-il pour passer à autre chose, après une journée où il voit les pires horreurs ? « Chacun à sa méthode. Certains jouent de la guitare. Moi je prends un sky. Mais je n’en prends qu’un, et je ne sors pas ensuite. »

Le palais de justice de Lille | PHOTO © FRANÇOIS GEFFRIER

Après cette conférence, nous avons un cours assez général sur la justice. Nous passons en revue la police, la gendarmerie, les différentes étapes d’une instruction et d’un procès, les principaux délits et crimes, les peines qu’on encourt, les différents types de tribunaux (de police, de commerce, administratif, correctionnel, assises, etc.) et la façon dont travaille un « fait diversier », un journaliste spécialisé dans les faits divers. Pour finir, nous allons au palais de justice de Lille (photo ci-dessus), assister à des comparutions immédiates – en l’occurrence, trois affaires de bagarres finissant à l’hôpital – et rédigeons dans la foulée une chronique judiciaire rendant compte de ces audiences.

Jeudi et vendredi, je termine enfin l’enquête commencée en janvier avec un camarade, à propos d’un immeuble d’un quartier populaire, dont la rénovation a connu de gros ratés. Et jeudi soir, à Sciences Po, nous avons un cours de droit de la presse, traitant cette fois-ci du droit de réponse. Il s’agit du droit qu’a une personne citée directement ou indirectement dans un article, de demander que soit publiée, dans le même journal, une réponse qu’elle adresse au directeur de la publication. L’avocat qui fait ce cours nous explique les petits pièges à éviter, que l’on soit le journal ou la personne demandant le droit de réponse.

Musique, photo, web

Une semaine à l’ESJ, épisode 20. Lundi, je parviens à réunir deux passions : la photo et la musique. Et pourtant, c’est pour le boulot : pour le cours de photo, je dois faire un reportage sur le monde du travail, et j’ai choisi d’immortaliser des artisans qui fabriquent ou restaurent des instruments de musique. Direction Douai, ville plus connue pour sa cour d’assises que pour son patrimoine musical. Dans une grande église plongée dans le noir, un facteur d’orgue me fait visiter l’intérieur d’un instrument de 68 jeux et 4 500 tuyaux. Contrastes, alignements, textures bois et métal… l’endroit est idéal pour faire des photos.

Le lendemain, je continue sur ma lancée, et visite un atelier et la boutique d’un facteur de pianos (photos dans un prochain article). Pour cet exercice, je devrai rendre une quinzaine de photos légendées. La semaine prochaine, je tenterai de photographier un luthier et un fabricant d’instruments à vent.

Mercredi et jeudi, cours de web, avec un journaliste du Figaro.fr. Il nous fait travailler sur la formulation des titres, qui doivent parfois être très courts tout en restant clairs. Puis nous recherchons des images libres de droit, sur Wikipédia ou Flickr. C’est un moyen de faire des économies substantielles. Un signe de plus des difficultés du métier. Par ailleurs, impossible d’avoir des photos récentes libres de droit. Mais cela permet d’aérer un article et d’éviter l’effet pavé d’un gros bloc de texte sans illustration.

P.S. Ce blog apparaît comme malveillant aux yeux de Google. Il a vraisemblablement subi une attaque. J’ai donc supprimé puis réinstallé le site en changeant tous les mots de passe. Actuellement, Google « réexamine » le site. Avant le résultat de ce réexamen, il est toujours présenté comme dangereux par le moteur de recherche, même s’il ne l’est plus.

Profession : secrétaire de rédaction

Le feuilleton de l’ESJ s’interrompt cette semaine, car le Nord est en vacances. À la place, pas de rediff, mais le premier épisode d’une autre série inédite, qui verra le parcours d’un sympathique stagiaire à Ouest-France à Nantes. Une semaine en février, une autre en avril et deux mois cet été, comme secrétaire de rédaction (SR).

Vue de Nantes | PHOTO © FRANÇOIS GEFFRIER

Première particularité de ce métier, ses horaires décalés. La journée du SR commence à 14h, pour finir entre 22h et 23h30. Il a deux tâches : d’abord relire et corriger les articles écrits par les rédacteurs et les correspondants, puis les glisser dans les pages du journal à paraître le lendemain. La pression va donc croissante au fur et à mesure de la journée, car toutes les pages doivent être « bouclées » à temps pour les envoyer à l’imprimerie.

Corriger les articles, c’est bien sûr traquer les fautes d’orthographe, mais pas seulement. Le SR est aussi journaliste, et il veille à ce que les informations soient exactes, et à la clarté du papier, quitte à le remanier largement si nécessaire. Ensuite, la mise en page est un jeu à mi-chemin entre des dominos et Tetris. Chaque article a une taille différente, est accompagné ou non d’une photo, et doit être placé à un endroit bien précis. Il faut caler côte-à-côte les articles qui traitent d’une même commune, de même avec les publicités, elles aussi ciblées localement.

Ouest-France est décliné en une cinquantaine d’éditions locales. En ouvrant le journal, on trouve d’abord des informations nationales et internationales, puis régionales, puis départementales, et enfin locales. Pour ma part, je suis sur les pages locales, cette semaine sur les éditions d’Ancenis et Châteaubriant. Alors, à moi les comptes rendus de conseils municipaux, d’assemblées générales de comités des fêtes et d’associations sportives, les travaux publics, les représentations des troupes de théâtre amatrices, les rencontres sportives et les sorties scolaires.

À Nantes, le château des ducs de Bretagne | PHOTO © FRANÇOIS GEFFRIER

Au fait, Nantes est-elle en Bretagne ? Le ciel restant d’un bleu sans nuage toute la semaine, je vous laisse faire les déductions que vous voudrez. Sans me mouiller, donc.